Ruines d'un château écossais

Neuf siècles · vers 1160 – aujourd'hui

Histoire de la Maison

Une chronique sourcée, du chevalier normand qui servit les rois d'Écosse à la dignité féodale qui en perpétue la mémoire — où la légende et l'archive se côtoient sans se confondre.

I

La tradition fondatrice · vers 980

Le joug devenu bouclier

La tradition rapporte qu'à la bataille de Luncarty, opposant les Scots aux envahisseurs danois, un laboureur nommé Hay et ses deux fils — n'ayant pour toute arme que le joug de leur charrue — arrêtèrent la déroute de leurs compatriotes dans un défilé étroit et renversèrent le cours de la bataille, sauvant le roi Kenneth III.

En reconnaissance, le roi aurait lâché un faucon du sommet de Kinnoull Hill, près de Perth : toutes les terres que l'oiseau survolerait reviendraient au héros et à sa lignée. Le faucon traversa les riches terres du Carse de Gowrie avant de se poser sur une pierre désormais appelée le « Falcon Stone ».

De cette légende procèdent les armes de la maison — d'argent, à trois écussons de gueules, rappelant les jougs devenus boucliers — et sa devise, Serva Jugum, « garde le joug ». Le faucon en demeure le cimier.

Récit consigné par l'historien Hector Boece (Historia Gentis Scotorum, 1527) et déjà évoqué par Walter Bower (Scotichronicon, vers 1440). Les historiens modernes le tiennent pour légendaire ; il n'en demeure pas moins le mythe fondateur du Clan Hay, gravé dans son héraldique.

Armoiries royales d'Écosse
Pl. IArmes royales d'ÉcossePierre sculptée
II

1160 – 1296

Du Cotentin à la cour d'Écosse

Derrière la légende se tient une lignée bien réelle. La maison descend du chevalier scoto-normand Guillaume de la Haye, attesté dans les chartes vers 1160 et échanson — cup-bearer — des rois Malcolm IV puis Guillaume le Lion. Les généalogistes rattachent son nom à La Haye-Hue, dans le Cotentin normand.

La famille tenait déjà les terres d'Erroll, dans le Perthshire, dignité reçue par mariage avec Eva of Pitmilly vers 1178. De cup-bearers en barons, les Hay s'élevèrent par le service constant rendu à la Couronne, jusqu'à se trouver, au tournant du XIVᵉ siècle, parmi les plus fidèles soutiens d'un roi proscrit : Robert the Bruce.

III

1306 – 1320

Bannockburn, ou la fidélité récompensée

Sir Gilbert de la Haye, cinquième baron d'Erroll, fut de tous les périls de Bruce. Présent à son couronnement à Scone le 27 mars 1306, il commanda sa garde personnelle à la défaite de Methven, le suivit dans la clandestinité des Highlands, puis participa à la reconquête méthodique des châteaux, l'un après l'autre, jusqu'à l'affrontement décisif de 1314.

Au lendemain de Bannockburn, le roi reconnaissant fit de Sir Gilbert le Grand Connétable héréditaire d'Écosse et lui octroya les terres de Slains, en Aberdeenshire. La charge militaire et la seigneurie côtière entrèrent ensemble dans la maison — pour ne plus jamais en sortir. En 1320, Sir Gilbert scella la Déclaration d'Arbroath, par laquelle la noblesse d'Écosse proclamait au pape son indépendance.

La charge

Grand Connétable d'Écosse

Né sous David Ier, d'abord détenu par les Comyn — déchus pour avoir choisi le mauvais camp durant les guerres d'indépendance —, l'office passa aux Hay par la grâce de Bruce. Il fait du Connétable le premier officier de l'armée écossaise, juste après le roi.

À lui revenait la High Court of Constabulary, compétente pour les émeutes, les désordres et le sang versé dans un rayon de quatre milles autour du roi, du Conseil ou du Parlement ; à lui la Doorward Guard of Partizans, tenue pour la plus ancienne garde du corps de Grande-Bretagne ; à lui, enfin, la préséance sur tous les titres d'Écosse, hormis la seule famille royale.

L'Acte d'Union de 1707 en réduisit les pouvoirs ; la charge demeure, cérémonielle, attachée au Comte d'Erroll.

1306 – aujourd'hui

Le temps des comtes

Onze jalons d'une histoire qui court de Bannockburn à la réforme féodale contemporaine. Le comté et la pairie demeurent portés par le chef du Clan Hay ; la dignité féodale de Slains en est, aujourd'hui, distincte.

    1306

    Le serment de Scone

    Sir Gilbert de la Haye assiste au couronnement de Robert the Bruce à Scone, le 27 mars, avec son frère Hugh. Il commandera la garde du roi à Methven la même année, puis le suivra dans la clandestinité des Highlands.

    1314

    Bannockburn & la Baronie de Slains

    Au lendemain de la victoire, Bruce confère à Sir Gilbert l'office héréditaire de Grand Connétable d'Écosse et lui donne les terres de Slains, en Aberdeenshire. La seigneurie côtière devient le siège durable de la maison.

    1320

    La Déclaration d'Arbroath

    Sir Gilbert figure parmi les barons qui scellent la Déclaration d'Arbroath, affirmation de l'indépendance écossaise adressée au pape. La maison de Hay s'inscrit ainsi au cœur de la nation naissante.

    1453

    Le Comté d'Erroll

    Le 17 mars 1452/53, Jacques II érige les terres de la famille en Comté d'Erroll pour Sir William Hay, 1er comte — joignant au comté les seigneuries de Lord Hay (1449) et Lord Slains (1452) dans la pairie d'Écosse.

    1513

    Le sacrifice de Flodden

    William Hay, 4e comte, tombe à Flodden aux côtés de Jacques IV, qu'il accompagnait comme Connétable. Quatre-vingt-sept lairds portant le nom de Hay y périrent ce jour-là ; aucun, dit-on, n'en revint vivant.

    1594

    Glenlivet & l'exil de Francis Hay

    Francis Hay, 9e comte, chef de la faction catholique compromis dans l'affaire des « Spanish Blanks », défait Argyll à Glenlivet le 3 octobre — d'une balle au bras et d'une flèche à la cuisse. Jacques VI fait raser Old Slains ; le comte part en exil.

    1597

    New Slains — Bowness

    De retour en Écosse, Francis Hay élève sur les falaises de Cruden Bay une nouvelle demeure, d'abord nommée Bowness d'après une double arche rocheuse évoquant un arc. Une cour et une tour carrée en forment le noyau.

    1666

    Le regrant de la succession

    Gilbert Hay, 11e comte, obtient le 13 novembre un regrant l'autorisant à désigner ses héritiers. Mort sans descendance directe, il assure ainsi la survie du titre — disposition que la House of Lords confirmera en 1797.

    1837

    Le manoir de granit

    Le 18e comte confie à l'architecte aberdonien John Smith la reconstruction de Slains en manoir Scots Baronial, paré de granit lisse, sur des structures à trois et quatre étages. Johnson et Boswell avaient déjà foulé ces murs en 1773.

    1916 – 1925

    La vente et la ruine

    Les droits de succession contraignent le 20e comte à vendre Slains en 1916. En 1925, la toiture est retirée et les pierres dispersées : le château devient la coquille battue par les vents qui domine encore Cruden Bay.

    2004

    La dignité, détachée de la terre

    L'Abolition of Feudal Tenure Act détache les seigneuries de regality de la propriété foncière : elles deviennent des honneurs personnels transmissibles. La seigneurie de Slains survit dès lors comme dignité féodale, indépendante de toute terre.

VI

1564 – 1631

Francis Hay, le comte rebelle

Aucune figure n'incarne mieux les tourments de la maison que Francis Hay, 9e comte. Converti au catholicisme dans une Écosse devenue protestante, il entretint une correspondance secrète avec Philippe II d'Espagne et fut compromis dans l'affaire des « Spanish Blanks » — ces feuilles vierges signées d'avance, destinées à sceller un projet d'invasion.

Le 3 octobre 1594, à Glenlivet, il défit l'armée royale conduite par Argyll, emportant la victoire au prix d'une balle au bras et d'une flèche à la cuisse. La riposte fut implacable : Jacques VI marcha au nord et fit détruire Old Slains. Exilé, Francis revint en secret, abjura en 1597, retomba dans la disgrâce, fut excommunié puis emprisonné à Dumbarton jusqu'en 1611. Il mourut à Slains en 1631, laissant treize enfants.

Manuscrit enluminé
Pl. IIFolio enluminéXVIᵉ siècle

Serva Jugum

Devise du Clan Hay
VII

1666 – 2004

La survivance d'une dignité

L'histoire d'une maison se mesure aussi à sa capacité de durer. En 1666, faute d'héritier direct, le 11e comte obtint le droit rare de nommer ses successeurs — disposition que la House of Lords confirma en 1797, lorsque le titre passa par la branche Livingston. Le château, lui, suivit le destin des grandes demeures : reconstruit en manoir de granit en 1837, vendu en 1916, privé de toit en 1925.

La pierre devint ruine, mais la dignité demeura. En 2004, l'Abolition of Feudal Tenure (Scotland) Act détacha les seigneuries de regality de la terre dont elles procédaient : devenues honneurs personnels transmissibles en droit, elles survivent désormais indépendamment de tout domaine. C'est dans ce cadre que la seigneurie de Slains se perpétue aujourd'hui — non comme une propriété, mais comme une mémoire vivante.